La santé, version industrielle

Faut-il miser sur le 100 % naturel ou donner un petit coup de pouce chimique à la nature? Les aliments enrichis en vitamines sont à la mode, mais ne doivent pas être consommés les yeux fermés.

Des légumes croquants et des fruits gorgés de soleil: tels étaient, il y a quelques années encore, les symboles d’une alimentation saine et riche en vitamines. Depuis, cependant, l’industrie agro-alimentaire a entrepris de prêter main forte à la nature – élaborant des compléments alimentaires lesquels ont engendré des milliards de francs de chiffre d’affaires. Actuellement, on estime que l’industrie fabrique chaque année jusqu’à 200 000 tonnes de vitamines de synthèse. Elles représentent ainsi une part importante de nos additifs alimentaires. L’industrie agro-alimentaire mise surtout sur la combinaison des vitamines A, C et E que l’on retrouve combinées essentiellement dans les jus de fruits et les confitures.

Voici un petit aperçu pour connaître l’essentiel sur ces trois vitamines:

Vitamine A

En raison de son effet positif sur la vision, la vitamine A (rétinol) est aussi appelée la vitamine des yeux. Elle renforce également le système immunitaire et combat les virus, les bactéries et les autres agents pathogènes. La vitamine A se présente sous deux formes différentes: le rétinol, uniquement présent dans les produits d’origine animale, et la provitamine A (ou bêta-carotène) que l’on retrouve dans de nombreuses sortes de fruits et de légumes. L’organisme est capable de transformer la provitamine A en vitamine A.

Vitamine C

La vitamine C (acide ascorbique) est certainement la plus connue de toutes les vitamines. En quantité suffisante, elle aide l’organisme à lutter contre les virus et les bactéries. Les scientifiques doutent cependant qu’une supplémentation fortement concentrée puisse avoir un effet positif dans la prévention des refroidissements. La vitamine C améliore également l’assimilation du fer par l’organisme.

Vitamine E

La vitamine E (tocophérol) agit un peu comme l’«antirouille» des cellules. Elle inhibe l’action des composés oxygénés et les empêche d’attaquer les cellules. Elle stimule également le métabolisme énergétique, participe à la bonne croissance des tissus et assure la santé des globules rouges.

La combinaison des vitamines ACE aurait quant à elle un effet antioxydant. Cela signifie que ce mélange de vitamines agirait contre certaines liaisons agressives, appelées radicaux libres dans le jargon spécialisé. Comme les radicaux libres sont supposés être à l’origine de maladies cardiovasculaires et immunitaires ainsi que du processus naturel de vieillissement, la consommation de produits ACE pourrait être bénéfique à la santé.

L’avis des scientifiques

Jusqu’à présent, la science n’a pas pu apporter de preuve confirmant l’efficacité de l’association des vitamines A, C et E. L’expérience montre cependant que cette combinaison peut être utile dans certains cas. Il est donc recommandé aux consommateurs de s’informer dans un magasin spécialisé comme la droguerie avant de recourir à des tels produits.

Les spécialistes mettent aussi en garde contre une consommation excessive de vitamines. Ils supposent notamment qu’un surdosage de provitamine A (bêta-carotène) pourrait augmenter les risques de cancer du poumon chez les fumeurs. Pour prévenir tout risque, l’idéal est de couvrir ses besoins en vitamine A avec des produits alimentaires naturels. Un verre de jus de carotte, 125 grammes de chou vert ou encore 10 grammes de foie suffisent amplement pour cela.

Functional food

Les spécialistes qui étudient le marché sont unanimes: en matière d’alimentation, les trois tendances marquantes sont la santé, la saveur et la commodité. Le consommateur veut surtout pouvoir manger, sans stresser, des aliments sains et savoureux. Et c’est justement là qu’interviennent les aliments fonctionnels. Si le terme est nouveau, l’idée d’enrichir les aliments avec des produits bons pour la santé ne date pas d’hier. A la fin du 19e siècle déjà, un brasseur allemand promettait que sa nouvelle bière apportait une «portion supplémentaire» d’énergie. Et ce sont les yaourts probiotiques qui ont contribué à la popularité des aliments fonctionnels dans le milieu des années 90.

Aujourd’hui, le terme de functional food désigne les aliments qui offrent au consommateur non seulement une sensation de satiété et des nutriments essentiels mais aussi des effets bénéfiques supplémentaires. Notamment pour sa santé et son bien-être corporel. Pour l’heure, il n’existe pas encore de définition légale ou scientifique du «functional food».

Auteur et rédaction: Didier Buchmann
Traduction: Marie-Noëlle Hofmann
Sources
  • «Tribune du droguiste»

  • Renate Murschall «Vitamine und Mineralstoffe», Gondolino Verlag, 2006

  • Société allemande de nutrition

  • Verbraucherzentrale Baden-Württemberg e. V.

  • Office fédéral de la santé publique (OFSP)