Relations conjugales

Comprendre et résoudre les conflits

Les relations de couple sont plus difficiles depuis qu'il faut rester à la maison à cause du coronavirus. Une psychothérapeute explique comment éviter les conflits et les résoudre.

Un couple amoureux en télétravail. Avec en plus peut-être encore des enfants qui sont à la maison en permanence et dont il faut s’occuper. Depuis que la pandémie de coronavirus sévit, les gens passent plus de temps avec leurs proches qu’habituellement. Une cohabitation complètement différente. Il faut tout réinventer. Certaines relations atteignent leurs limites, explique Dania Schiftan, thérapeute sexuelle et psychothérapeute du centre de sexologie interdisciplinaire et de médecine ZiSMed. Elle explique en interview pourquoi c’est plus souvent explosif et comment les couples peuvent résoudre leurs conflits.

Madame Schiftan: Quels sont les défis auxquels vous devez faire face dans votre propre relation?

Dr phil. Dania Schiftan: Nous avons deux enfants et devons chaque jour composer avec les besoins de nous tous. Souvent, il s’agit du besoin de l’un de nous de davantage d’espace de liberté et nous devons aussi planifier qui s’occupe des enfants.

Avoir suffisamment d’espace de liberté dans ces temps d’isolation. Comment font les couples?

C’est très individuel. Il y a des couples qui voient cette situation de manière très positive parce qu’ils ont davantage de temps ensemble et en profitent aussi. Pour les autres, cette cohabitation étroite est un grand défi. Peut-être que, tout à coup, ils remarquent qu’ils évoluent différemment de ce qu’ils pensaient. Et pour beaucoup de couples, c’est plus difficile de gérer la situation quand les deux piquent une crise en même temps et c’est plus souvent le cas maintenant à cause du confinement. Chacun manque de capacité émotionnelle.

Quels sont en ce moment les principaux motifs de conflit dans le couple?

Beaucoup se disputent pour des broutilles, par exemple à cause du rangement, de la cuisine ou pour savoir si on va autoriser son enfant à manger une glace ou non. Mais souvent de plus grands problèmes se cachent derrière de telles discussions. Peut-être que l’un des deux ne se sent pas respecté dans ses désirs ou ses besoins. Ou que l’un des partenaires ne peut pas dire à l’autre que la cohabitation permanente lui est désagréable. Ou qu’une personne se sent stressée et que son partenaire sert de défouloir.

Comment peut-on éviter des discussions sur des broutilles?

En apprenant à comprendre pourquoi une dispute apparaît vraiment. Ma collègue Felizitas Ambauen fait la différence entre les thèmes importants et ceux qui ne le sont pas. Il est primordial de parler des thèmes importants. Et pas seulement de ceux qui ne le sont pas. Même si c’est évidemment plus déstabilisant.

Sinon encore des conseils aux couples pour mieux surmonter le quotidien?

En structurant la journée le plus possible, comme un horaire. Il faudrait déterminer qui fait quoi à quel moment. Il faut par exemple décider qui travaille où et quand, qui cuisine, qui fait une pause et ainsi de suite. Si un couple a des enfants, ça peut aussi être plus facile si les deux parents ne sont pas disponibles en permanence mais que chacun des deux est responsable des enfants pour une certaine période.

Dania Schiftan, Dr phil. en sexologie clinique (USA) et psychothérapeute dipl.

Que faire quand des conflits se produisent malgré cela?

Idéalement, il faudrait définir des moments et des espaces de conflit. Il faut déterminer quand le dialogue a lieu, combien de temps la discussion doit durer et où on va discuter. Un couple peut par exemple convenir de discuter tous les matins entre 7 heures et 8 heures dehors sur le balcon ou pendant une promenade. Il est aussi important que les deux sachent quel est le sujet du dialogue. Un tel cadre aide à ce que les choses se déroulent plus facilement. Mais il ne faut pas s’attendre à ce qu’une discussion conflictuelle soit un bon moment.

Quelle est la meilleure technique de discussion?

De nombreux thérapeutes apprennent aux couples une certaine technique de communication. Formuler des messages à la première personne est une technique connue. Par exemple de dire, «je ne me sens pas pris-e au sérieux» au lieu de dire «tu ne me prends pas au sérieux». D’autres choses sont également importantes pour moi. J’ai remarqué que pour les couples, c’était utile de trouver avant une discussion ce qu’ils souhaitent vraiment. S’agit-il tout d’abord de partager mes sentiments? Ou est-ce que je veux des excuses? Ou est-ce que j’ai besoin d’un soutien? En trouvant le point crucial et en le communiquant, on assume bien davantage d’auto-responsabilité et on est plus clair. Et c’est bénéfique pour la relation.

Que recommandez-vous pour qu’on puisse aussi discuter d’un conflit par téléphone ou par message?

Le cadre évoqué plus haut est là aussi important. Parfois, des discussions difficiles se passent même mieux au téléphone que si l’on se trouve l’un en face de l’autre. La distance physique peut faire que l’on se sente mieux et qu’on puisse mieux être responsable de soi. La discussion par message donne plus souvent lieu à des malentendus. Il manque des canaux de communication importants comme le son, le langage corporel et les expressions. Et les mots peuvent aussi être mal interprétés et servir de déclencheur. Un mot que j’utilise en le pensant avec amour peut être interprété par l’autre comme péjoratif.

Est-ce que la réconciliation sur l’oreiller est une bonne solution pour résoudre les conflits?

C’est très individuel. Il y a des couples qui utilisent le sexe pour faire une pause dans les conflits, d’autres qui ont des relations pour finir une dispute et d’autres qui ne font l’amour que quand tout est résolu. Cela dépend de la manière dont une personne gère le sexe. Ressent-on une excitation seulement si l’on est en phase avec ses propres émotions ou même si l’on trouve son partenaire stupide?

Quand est-ce qu’une dispute nuit à la relation à long terme?

Quand il s’agit seulement de se disputer et plus de trouver une solution. Les critiques constantes, les attitudes de défense, le mépris et le désinvestissement sont particulièrement mauvais. A savoir quand quelqu’un critique souvent l’autre. Ou quand quelqu’un rejette en permanence ce que dit son partenaire ou se justifie toujours. Ou si l’on dédaigne son partenaire. Ou si on l’ignore simplement et ne montre aucune disposition à la discussion.

Quand est-ce qu’une dispute est quelque chose de positif?

Se disputer ne signifie pas qu’un couple n’est pas fait pour être ensemble. Et, à l’inverse, si un couple ne se dispute jamais, ça ne veut pas dire que la relation est saine. Ça dépend de la manière dont les deux personnes communiquent l’une avec l’autre. Quand un couple se penche sur la relation et s’intéresse aux motivations et à l’état de l’autre, alors la dispute est une bonne chose.

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Comment un couple devrait-il résoudre ses conflits sans que les enfants en souffrent?

C’est un mythe de dire que les enfants ne devraient pas remarquer que les parents se disputent. Les enfants peuvent être témoins d’une dispute. Mais il est important que les parents se disputent de manière productive et non destructrice. Qu’ils ne fassent pas que se reprocher des choses mais qu’ils résolvent certains points. Les enfants apprennent ainsi à gérer correctement les conflits. Les parents devraient aussi dire à leurs enfants que la dispute n’a rien à faire avec eux, que maman et papa peuvent aussi discuter de certains problèmes.

Quand un couple a-t-il besoin d’une aide professionnelle?

Les couples devraient surtout commencer une thérapie suffisamment tôt et pas seulement quand ils ne trouvent plus de solutions tout seuls. Car alors, généralement, il y a déjà beaucoup de dégâts et la thérapie est plus difficile.

En ces temps de crise, le sentiment général est parfois négatif. Que peuvent faire les couples pour arriver à une énergie positive?

Assumer davantage de responsabilité pour soi-même. Par exemple se rendre compte: quels sont mes besoins? Quelles sont mes angoisses? Plus ces choses sont claires pour moi, mieux je peux les communiquer. En outre, il faudrait aussi apprendre à se calmer soi-même pour ne pas tout faire porter à la relation. Et aussi à être plus tolérant envers son partenaire et à prendre la vie de manière un peu plus détendue.

Auteure: Vanessa Naef
Traduction et rédaction: Marie-Noëlle Hofmann
Source

Dania Schiftan, Dr phil. en sexologie clinique (USA) et psychothérapeute diplômée