Froid: ce qui se passe dans le corps

Chair de poule garantie!

Frissonner est un mécanisme de protection du corps. Comment fonctionne-t-il exactement et est-il possible d’entraîner la résistance au froid?

Avoir froid est une sensation désagréable, voire douloureuse pour la plupart des gens. Cette réaction du corps est pourtant d’importance vitale. Co-directeur de l’institut de physiologie de l’Université de Berne et Prof. Dr phil. nat., Walter Senn nous explique pourquoi: «C’est un mécanisme de protection. Le corps nous prévient que l’on risque de mourir de froid.» La surface du corps est ainsi dotée de plus de 200 000 récepteurs au froid. Ils sont particulièrement nombreux sur le visage, près du nez et de la bouche. Si la température descend au-delà d’un certain seuil, les récepteurs au froid s’activent. Si elle est encore plus basse, ce sont les récepteurs de la douleur, appelés nocicepteurs, qui prennent le relais pour sonner l’alarme. Le corps doit alors lutter pour éviter l’hypothermie. Les vaisseaux sanguins périphériques, autrement dit ceux qui sont dans la peau et à la surface du corps, se resserrent. «Cela limite les pertes de chaleur par la peau», précise Walter Senn. Le corps dresse par ailleurs les poils corporels qui nous restent de l’évolution dans l’espoir de former des couches d’air chaud dans ce «pelage». Mais comme nous n’avons plus de pelage, cela ne produit qu’un effet chair de poule, peu inefficace. Au stade suivant, le corps lutte contre le froid par des tremblements musculaires, les frissons. Car le rapide enchaînement de contractions et de décontractions produit de la chaleur.

Geler

Chez la plupart des gens, la température basale du corps est d’environ 37 °C. Il y a hypothermie dès que cette température chute de plus de deux degrés. Lorsque le corps est exposé à des températures inférieures à zéro en hiver ou plongé dans de l’eau glaciale, il ne parvient pas à maintenir sa température interne pendant plus de 20 minutes car le froid pénètre peu à peu à l’intérieur. Et des organes vitaux, comme le cœur, les poumons et le cerveau, commencent à refroidir.

Lorsqu’il n’a plus que 32 °C, le corps peut avoir des réactions absurdes. «Les vaisseaux périphériques se dilatent, ce qui donne une sensation de chaleur», explique Walter Senn. C’est pourquoi, il n’est pas rare de trouver des personnes gelées à moitié dévêtues. Si la température chute à 29,5 °C, les victimes du froid perdent généralement conscience. Froides et raides, elles semblent mortes. Mais les organes travaillent encore, même si c’est à un rythme beaucoup plus lent. Le cœur ne bat plus que trois fois par minute, le pouls et la respiration sont à peine perceptibles. Si elles ne sont pas secourues, les victimes du froid finissent alors par mourir.

Le thermostat humain

Le corps perçoit la température extérieure grâce à des récepteurs de chaleur et de froid dans la peau. Quand il y a un changement, les récepteurs envoient des signaux au cerveau, à l’hypothalamus. Celui-ci abrite une sorte de thermostat propre au corps. Il est composé de milliers de cellules nerveuses et dirige la régulation de la chaleur et du froid, de même que la perception de la chaleur et du froid. Il mesure la température corporelle et décide quand celle-ci s’écarte trop de la température optimale, nécessitant alors une réaction. La zone où l’homme ne transpire pas et n’a pas froid est très étroite. «Cette zone de bien-être ne s’élève même pas à un degré», assure Walter Senn.

L’organisme humain a besoin d’être à 37 °C. «Pratiquement toutes les fonctions cellulaires dépendent de la température. Et chez l’homme, de nombreux processus vitaux se sont réglés sur 37 °C», précise le spécialiste. Dès que la température interne descend d’un demi-degré sous la valeur normale de 37 °C, l’homme commence à avoir froid. Et si la température la dépasse d’un demi-degré, il se met à transpirer. «C’est un gros travail pour l’organisme. Il utilise une bonne partie de son énergie pour maintenir la bonne température», explique Walter Senn. Et la valeur optimale peut varier durant la vie. «Elle est généralement d’un demi-degré plus basse chez les personnes âgées.» Certaines réactions physiques sont par ailleurs moins efficaces chez les seniors, ce qui peut notamment avoir une influence sur la régulation de la température.

Supporter le froid s’entraîne

L’homme est capable de s’adapter au froid jusqu’à un certain point. Il est donc possible de s’entraîner à supporter certaines températures. A condition de passer beaucoup de temps dehors. Mais comme nous portons généralement des vêtements adaptés et que nous restons volontiers dans des locaux tempérés, le corps n’est pratiquement jamais exposé à des températures qui nécessiteraient une acclimatation.

Le spécialiste en physiologie précise: «Pour braver le froid, le corps est capable d’augmenter la production de chaleur en stimulant le métabolisme. Parallèlement, il peut réduire la température normale de la peau pour diminuer les pertes de chaleur.» Car plus la différence entre la température de l’air et celle de la peau est importante, plus la perte de chaleur est conséquente. Voici un exemple: si la température de la peau doit être de 30 °C et que l’on se trouve nu dehors par 10 °C, on a forcément froid. Mais si la température idéale n’est que de 25 °C, alors la même température extérieure nous fera moins frissonner.

Plus l’hiver avance, plus l’épiderme améliore sa capacité à supporter le froid, grâce à la contraction des vaisseaux sanguins. «Plus cela se fait rapidement, moins longtemps nous avons froid car le corps perd alors moins de chaleur», explique Walter Senn.

Vous trouverez des conseils pour mieux supporter le froid en cliquant ici.

Auteure: Vanessa Naef
Traduction et rédaction: Marie-Noëlle Hofmann

Sources
  • Prof. Dr phil. nat. Walter Senn, co-directeur de l’institut de physiologie de l’Université de Berne

  • «Tribune du droguiste»