Un champignon pour piéger les tiques

Chaque année, 12 000 personnes environ contractent en Suisse une maladie après une piqûre de tique. Pour endiguer leur prolifération, les chercheurs se penchent sur les moyens naturels. Les tests avec des champignons se sont révélés efficaces.

Les parasites sont sa passion. Le Dr sc. nat. Jürg Grunder, 54 ans, a étudié l’agronomie à l'EPFZ. Il dirige aujourd’hui le service spécialisé de phytomédecine de la Haute école zurichoise spécialisée en sciences appliquées de Wädenswil (ZHAW). Depuis plusieurs années, ses efforts se concentrent sur les tiques. Il ambitionne de venir à bout de ces dangereux parasites avec des moyens biologiques, à savoir des champignons. Dans une interview, il explique ce que ces «champignons tueurs» ouvrent comme perspectives.

Votre équipe et vous avez mené une étude pour tester une méthode destinée à réduire la population de tiques. Quel est votre objectif?
Dr sc. nat. Jürg Grunder: L'idée est de construire un piège biodégradable qui permet d'attirer les tiques pour les détruire à l'aide de champignons pathogènes.

La méthode a-t-elle fonctionné?
Nous avons testé dix souches de champignons différentes sur plusieurs centaines de tiques. Le résultat a été à la fois surprenant et réjouissant: une souche, de l'espèce Beauveria, s'est révélée particulièrement efficace. Ce type de champignons est également utilisé pour combattre les hannetons.

Les tiques sont d’étonnantes expertes en survie. Pourquoi pensez-vous que les pièges à tiques puissent fonctionner?
Les tiques possèdent un odorat très développé. Nous utilisons cette faculté et nous efforçons d'utiliser des phéromones pour les attirer vers les pièges. Dans leur quête d'une proie, les tiques captent les effluves les plus subtils et s'orientent dans leur direction. Une fois prises au piège, elles ne peuvent plus s'échapper: dès que la tique est entrée en contact avec le champignon, l'infection commence. Les spores de champignons se propagent comme des moisissures sur tout le corps de l'insecte avant de pénétrer dans ses tissus. En quelques jours, les champignons mettent tous les organes vitaux hors service et le parasite meurt.

Les champignons ne sont-ils pas nuisibles pour l'homme et la nature?
Non, ces champignons existent déjà dans la nature. Nous nous contentons d'isoler des souches issues de l'environnement naturel des tiques. Le principal avantage de ce type de lutte biologique, c'est que nous pouvons l'utiliser de façon très ciblée et cela permet d'éviter une propagation incontrôlée des spores.

Vous intervenez pourtant dans le cycle naturel. Cela reste-t-il sans conséquence sur l'équilibre biologique?
Notre objectif n'est bien entendu pas l'extermination totale de ces insectes. Il s'agit seulement d'en restreindre la population. Cette réduction ponctuelle et localisée de la population des tiques ne rompt pas pour autant l'équilibre naturel, puisque ces parasites ne sont pas la source principale de nourriture d’animaux. Ils ne constituent qu'un «en-cas» pour les oiseaux ou les fourmis.

Les femelles pondent jusqu'à 3000 œufs. N’est-il pas vain de stopper leur propagation?
Oui, c'est vrai. C'est pourquoi nous devons poser de nouveaux pièges chaque année au printemps et en automne dans les endroits sélectionnés. Soulignons que nous menons aussi d'autres projets dans la lutte contre les tiques. Nous effectuons par exemple des recherches pour déterminer quelles sont les substances qui les attirent ou au contraire celles qui les éloignent. L'ail des ours, notamment, a un effet répulsif sur les tiques: pratiquement aucune d’entre elles n'a franchi ce rempart végétal dans nos tests effectués en laboratoire.

Quand pourra-t-on installer les premiers pièges?
Il est difficile de dire quand un piège contre les tiques sera disponible sur le marché parce que certaines pièces de base ne sont pas encore disponibles et parce que des procédures d'autorisation ne sont pas encore terminées. Je tiens cependant à souligner que malgré nos efforts pour endiguer la propagation des parasites, on ne pourra pas éviter toutes les piqûres. Je recommande donc à la population de continuer à observer les règles de base pour se protéger des tiques.

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Auteures: Vanessa Naef et Katharina Rederer
Traduction et rédaction: Marie-Noëlle Hofmann
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